L’existence et le temps

Débat_aristote_platon
Débat_aristote_platon
Définition philosophie

Le temps est la dimension dans laquelle se produit le changement.

  • Le temps objectif : c’est le temps qui nous permet de mesurer le changement avec nos montres (heures, minutes, secondes). Il est uniforme, il s’écoule à la même vitesse pour tout le monde. « Temps est le nombre du mouvement », selon Aristote.
  • Le temps subjectif : c’est le temps vécu, c’est-à-dire la manière toujours singulière dont nous ressentons l’écoulement du temps. Ce temps est hétérogène. Une heure de temps objectif peut dpasser très lentement pour moi si je m’ennuie ou passer en un rien de temps si je fais quelque chose qui me plaît.

Objectif/Subjectif :

  • Objectif : Est objectif ce qui ne dépend pas de mon point de vue particulier. Tout le monde peut donc être d’accord sur ce récit ou jugement car il rend compte du fait de manière neutre.
  • Subjectif : Est subjectif ce qui dépend de la conscience du sujet. Cela dépend de mon point de vue et mon jugement sera donc partial.

Non, l’être humain est physiquement dans le temps.
ARISTOTE,Philosophe grec du 4ᵉ siècle av. J.-C..

Thèse: Les êtres vivants évoluent dans le temps.
Notre existence est inscrite dans le temps. Assez simplement et immédiatement, la réponse à la question posée semble donc être « non » nous ne pouvons y échapper. Nous sommes des êtres naturels qui avons une phase de croissance, de maturité et de déclin comme tous les êtres vivants. L’humain est donc physiquement pris dans et par le temps. Nous vieillissons et nous mourrons sans pouvoir y échapper.

RAS

Oui, il est possible d’y échapper mais est-ce raisonnable ?
Blaise Pascal, philosophe français du 17ᵉ siècle.

Thèse : L’homme cherche à se divertir pour ne pas penser.
Pascal remarque que les hommes sont très souvent incapables de rester seuls avec leurs pensées. Être inactif, rester seul dans une chambre, les laissent en proie à des pensées négatives car alors ils s’interrogent sur leur existence. Ils prennent conscience de leur nature mortelle, s’interrogent sur le sens de leur vie, s’inquiètent de la souffrance et de la mort. C’est pourquoi, selon Pascal, les hommes ont tendance à chercher à s’occuper pour ne pas penser à leur condition de mortels. C’est ce qu’il appelle le divertissement, qu’il faut entendre en un sens large. Le mot divertissement vient du verbe latin divertere qui signifie « détourner ».
Les hommes ont donc tendance à détourner leurs pensées et leur regard de leur condition mortelle en se divertissant. Cela peut être aller au cinéma, jouer, voir des amis, mais également travailler, étudier, tout ce qui nous permet de ne pas penser à la mort et à notre vie. Mais, en réalité, pour Pascal, c’est une fausse solution car c’est une illusion éphémère et qui nous conduit à perdre notre temps dans des activités futiles.

RAS

Oui, il faut oublier le passé pour aller de l’avant.
Friedrich-Nietzsche, philosophe allemand du 19ᵉ siècle.

Thèse : Notre capacité d’oubli est une fonction vitale.
Nietzsche souligne que le passage du temps, et l’oubli du passé sont les que conditions pour pouvoir aller de l’avant. Il ne faut retenir du passé ce qui est utile pour l’action et le bonheur. S’agissant de notre passé individuel, l’oubli est parfois nécessaire pour digérer de vieilles souffrances. L’oubli n’est donc pas une défaillance de la mémoire, mais une fonction qui nous aide à vivre. Et s’agissant passé collectif, les modèles de nos ancêtres peuvent finir par être étouffants, et du ne doivent donc pas être conservés à tout prix. Le passage du temps peut en effet être l’occasion de laisser la place à la nouveauté.

«Celui qui ne sait pas se reposer sur le seuil du moment, oubliant tout le passé, celui qui ne sait pas se dresser, comme le génie de la victoire, sans vertige et sans crainte, ne saura jamais ce que c’est que le bonheur »
Nietzsche, Seconde considération inactuelle

Non, il n’est pas nécessaire d’oublier le passé.
Jean-Paul Sartre,
Philosophe français du 20ᵉ siècle.

Thèse : Notre passé ne nous détermine pas, nous pouvons le réinterpréter.
Selon Sartre, quel que soit notre passé, nous restons libres de nous réinventer. Notre identité n’est pas figée, elle peut être redéfinie par nos choix. Certes, on ne peut pas changer le passé, mais on peut changer sa signification et son importance. Si mes choix présents se placent dans la continuité du passé, je confirme que celui-ci est encore d’actualité. Inversement si mes choix présents se placent en opposition avec mon passé, cela veut dire que je le renie, et que je fais de lui quelque chose de révolu, qui n’a plus aucune portée ou qui a été l’élément déclencheur d’un le passé changement radical. Ainsi, pour Sartre, il n’est pas nécessaire d’oublier pour pouvoir changer, nous pouvons changer et cela donnera alors un sens différent à notre passé.

« Qui décidera si le séjour en prison que j’ai fait, après un vol, a été fructueux ou déplorable ? Moi, selon que je renonce à voler ou que je m’endurcis »
Sartre, L’Etre et le Néant

Non, prendre son temps, le posséder réellement, c’est bien en user.
Sénèque, Lucius
Philosophe stoïcien du 1ᵉʳ sicle ap. J.-C.

Thèse: Le temps est précieux, nous devons bien en user.
Pour Sénèque, notre vie est brève ou non en fonction de la manière dont nous vivons. Soit nous arrivons à maitriser le temps que nous avons, donc ici à réellement prendre possession de notre temps et alors ce temps est suffisant, soit nous ne le maîitrisons pas et alors notre vie nous semble “ effectivement brève. L’enjeu est donc de savoir ce que nous faisons de notre temps. Sénèque considère que ça n’est pas parce qu’on est sans cesse | occupé ou que l’on agit beaucoup que l’on utilise bien son temps. 
On peut très bien s’agiter beaucoup et pourtant perdre son temps car on ne fait rien qui a du sens pour nous. mener une vie véritable consiste à entreprendre des actions qui ne sont pas gratuites et irréfléchies, mais au contraire réellement réfléchies choisies et et conscientes. Des actions que nous avons donc qui sont maîtrisées au sens où p0urquoi nous les faisons et elles sont imp0rtanœs pour nous.

« Nous n’avons point reçu une vie brève, nous l’avons faite telle  »
Sénèque, De la Brièveté de la vie

Oui, il faut parfois savoir agir vite
Nicolas Machiavel
Philosophe italien du 15ᵉ – 16ᵉ siècle.

Thèse : Réussir c’est savoir agir au bon moment et donc parfois agir vite.
Machiavel a écrit Le Prince, un ouvrage dans lequel il donne des conseils à Laurent de Médicis pour conserver le pouvoir. L’un de ses conseils porte sur le temps. Pour être un homme politique avisé, il faut savoir parfois agir vite pour saisir l’occasion ou le kairos pour Machiavel. Il est très conscient que les circonstances peuvent changer, être favorables ou défavorables et il n’est pas possible de complètement maîtriser cela. En revanche, le Prince doit être prêt à agir sans attendre quand l’occasion se présente, sinon l’occasion est manquée. Il n’est donc pas toujours bon de « prendre son temps », si l’on entend par là, agir toujours avec une certaine lenteur.

« Le hasard gouverne un peu plus de la moitié de nos actions, et nous dirigeons le reste »
Machiavel, Le Prince

Non, nous sommes tournés vers le passé et l’avenir.
Blaise Pascal, philosophe français du 17ᵉ siècle.

Thèse: Les hommes ont bien du mal à vivre au présent.
Selon Pascal, les hommes sont imprudents car ils n’agissent pas sur le seul tout temps sur lequel ils ont une influence. En effet, le présent est ce se que l’on possède, c’est le seul temps dont nous pouvons disposer car le passé n’existe plus et le futur n’est pas encore. C’est
alors rendre malheureux que de se focaliser sur les temps sur lesquels nous n’avons pas de contrôle en délaissant celui où nous pouvons agir. Mais, en réalité, les hommes ont tendance à vivre essentiellement tournés vers l’avenir ou le passé car ils souffrent souvent du présent et veulent y échapper.

« Nous errons dans les temps qui ne sont pas nôtres et ne pensons point au seul qui nous appartient »
Pascal, Pensées

Oui, nous devons focaliser notre attention sur le présent.
Mar-Aurèle,
philosophe stoïcien du 2ᵉ siècle ap. J-C.

Thèse: Le sage doit réduire sa vie à l’instant.
Pour Marc Aurèle, comme pour tout stoïcien, la sagesse consiste d’abord à ne pas chercher à maîtriser ce qui ne dépend pas de nous. Or, parmi les choses qui dépendent de nous, il y a nos pensées et il y a également le moment présent. Le passé et le futur échappent à notre contrôle, mais le présent lui, nous pouvons agir dessus et la question se pose : qu’allons-nous faire de cet instant présent ? Marc Aurèle encourage ainsi les hommes à ne pas considérer leur vie comme une histoire, mais à la considérer déjà toujours comme complète à tout moment, tout ce que nous possédons c’est l’instant présent. Le seul temps, qui nous appartient est le présent, c’est sur lui que nous pouvons agir.

«Ne te soucie de vivre que l’instant où tu vis, c’est-à-dire l’instant présent, et tu pourras passer tout le temps qui te reste jusqu’à la mort noblement, dans la paix morale, en souriant à ton génie »
Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même