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« savoir-faire »

Définitions majeures
Travail : ensemble des activités effectuées par l’homme pour satisfaire ses besoins et transformer la réalité. À la différence du jeu, le travail est productif et il possède une fin extérieure à lui.
C’est une activité qui demande des efforts physiques ou intellectuels.
Le métier est la forme sociale, durable et réglementée du travail.
Repères utiles pour la notion
- Loisirs
- Au sens grec de skholê : activité libre à laquelle un citoyen qui n’était pas astreint à un travail manuel pouvait s’adonner.
- Au sens moderne, temps libre que l’individu peut consacrer à des occupations personnelles. Le loisir est également éloigné du travail et l’oisiveté. Il a les trois fonctions du délassement (qui délivre le corps de la fatigue), du divertissement (qui délivre l’existant de
l’ennui), et de la culture (qui délivre l’esprit de l’ignorance).
- Jeu :
- Action de s’adonner à une activité libre et plaisante. Syn de divertissement, de récréation, fantaisie.
- Le jeu est volontiers défini par opposition au travail utilitaire et productif. On peut insister tantôt sur dimension d’occupation, tantôt sur celle de distraction. Le sport réalise la synthèse du jeu et du travail.
Problèmes et thèses essentielles
Sommes-nous condamnés à travailler ?
Non, car le travail est plutôt un bienfait.
Hegel, Friedrich,
philosophe allemand du 18ᵉ-19ᵉ siècle.

Thèse : Le travail rend l’homme plus libre et plus accompli.
Selon Hegel, le le travail permet à l’homme, en affrontant la dure résistance des choses, de prendre conscience de ce qu’il est et de ce qu’il peut. En travaillant, il développe ses capacités et prend conscience de ce qu’il est au travers des produits de son travail qui sont.
l’expression de son intériorité (pensées, sentiments, etc) et lui renvoie son image. L’artisan peut ainsi être fier du produit de son travail. Par ailleurs, le travail nous apprend à effectuer en nous-mêmes un travail sur les désirs immédiats et à gagner en
pas liberté sur nous-mêmes. Pour travailler, nous devons gagner en discipline et ne céder a nos désirs immédiats. Celui qui ne travaille pas, pour Hegel ne développe donc pas ses capacités, ne prend pas conscience de lui-même au travers de ce qu’il transforme et ne devient pas indépendant c’est-à-dire capable de subvenir seul à ses besoins. C’est pourquoi le travail est plutôt un bienfait.
RAS
Oui car le travail non choisi est une condamnation.
Marx Karl,
philosophe allemand du 19ᵉ siècle.

Thèse : Le travail à la chaîne aliène l’homme.
Selon Marx, l’homme est mutilé par la division des tâches excessive, c’est-à-dire s’il est amené à effectuer dans son travail des très petits nombres de tâches ou de mouvement de manière répétitive et mécanique. Or, cette spécialisation des tâches fait juste
s’accentuer. On est d’abord passé de l’artisanat où un artisan réalise un objet du début à la fin, ou la manufacture où le travailleur ne fait plus qu’un ou deux éléments de l’objet final. Cette progression de la division des tâches culmine avec le travail à la
chaîne ou le travailleur effectue un seul geste répétitif entouré de machines qui amènent à lui l’objet. La tâche est de plus en plus simple, les gestes davantage décomposés et mécaniques. L’homme est alors intégré à la machine et il perd ici son humanité. C’est alors que Marx parle d’aliénation du travail, car ainsi l’homme devient « autre ». Être aliéné ou subir une aliénation, c’est devenir étranger à soi-même. Pour Marx, dès lors que le travailleur ne peut plus développer et épanouir ses capacités proprement humaines telles que l’imagination, la raison, le libre arbitre, dans son travail, alors il devient une machine. Cette forme de travail rend l’homme tel un automate, il le rend stupide.
RAS
Travaille moins, est-ce mieux vivre ?

Oui travailler moins c’est mieux vivre
Hannah Arendt,
philosophe américaine du 20ᵉ siècle.
Thèse : Pour les Grecs, le travail est méprisable.
Selon Arendt, chez les Grecs, le travail n’est pas une manière de bien vivre, car travailler, c’est continuellement être occupé à chercher la satisfaction de ses besoins. L’esclave qui doit travailler ressemble à un animal, il passe sa vie à chercher le moyen de survivre. Alors, au contraire, la vie vraiment humaine, c’est celle où l’on n’est pas soumis à la nécessité de travailler. Si l’on a qui plus est à se préoccuper de la satisfaction de nos besoins. Ainsi nous pouvons passer notre temps à des activités proprement humaines, c’est-à-dire à des activités qui mobilisent et développent nos facultés intellectuelles : la philosophie, l’action politique, la contemplation… C’est pour cette raison que les Grecs ont des esclaves qui travaillent à leur place.
RAS

Non, travailler moins n’est pas toujours vivre mieux.
Jean-Jacques Rousseau,
Thèse : Le travail comme le loisir sont des divertissements qui font oublier l’essentiel.
Pascal remarque que les hommes sont très souvent incapables de rester seuls avec leurs pensées. Être inactif, rester seul dans une chambre, les laissent en proie à des pensées négatives, car alors, ils s’interrogent sur leur existence. Ils prennent consciences de leur
nature mortelle, s’interrogent sur le sens de leur vie, s’inquiètent de la souffrance et de la faux mort. C’est pourquoi, selon Pascal, les hommes ont tendance à chercher à s’occuper pour ne pas penser à leur condition de mortel. C’est ce qu’il appelle le divertissement
qu’il faut entendre en un sens large. Le mot divertissement vient du verbe latin divertere qui signifie « détourner ». Les hommes ont donc tendance à détourner leurs pensées et leur regard de leur condition mortelle en s’occupant ou se divertissant. Cela peut être aller au cinéma, jouer, voir des amis, mais également travailler, étudier, tout ce qui nous permet de ne pas penser à la mort et à notre vie. Pourrait-on alors dire que nous vivons mieux, car nous travaillons moins ? Pas si nous avons remplacé le travail par un autre divertissement. Vivre mieux, cela pourrait être au contraire, accepter de se poser ses questions et faire des choses qui ont du sens ou comme le préconise Pascal : se tourner vers Dieu.
Citation :
« Les hommes n’ayant pu guérir la mort, la misère, l’ignorance, ils sont avisés pour se rendre heureux de n’y point penser. »
Pascal, Pensées, $13
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Peut-on opposer le loisir au travail ?
Oui le travail est pénible alors que le loisir permet l’épanouissement.
ARISTOTE,
Philosophe grec du 4ᵉ siècle av. J.-C.

Thèse : Le loisir permet de se cultiver, de s’améliorer.
La culture grecque privilégiait le loisir, plutôt que le travail. Désigné par mot scholé, le loisir n’avait pas la même signification qu’aujourd’hui. Il s’agissait non pas d’un divertissement, mais d’un état de disponibilité et de paix. Selon Aristote, dans Étique à Nicomaque, cet état permettait la réflexion philosophique et le développement intellectuel. L’Antiquité romaine attache autant d’importance que les Grecs au loisir. Cette opposition au travail transparaît au travers même des termes : otium, le loisir, a pour contraire negotium, le commerce. Rome distingue aussi le labor de l’opus. Le labor — qui a donné laborieux -, est bien une activité pénible ; l’opus désigne l’activité créatrice. Travailler est donc bien une activité douloureuse. L’idéal prôné à cette époque est d’éviter le travail pour se consacrer entièrement au loisir. Cela explique en partie que le citoyen a depuis cherché à s’affranchir de ce travail.
RAS
Non, car le loisir comme le travail doit être productif.
Baudrillard,
philosophe français du 20ᵉ siècle

Thèse : Le loisir est soumis aux mêmes contraintes que le travail.
Marx avait déjà dit que le loisir était en réalité une condition du travail, car il est le temps nécessaire pour reprendre des forces et retourner travailler. Baudrillard va un peu plus loin. Selon Baudrillard, dans nos sociétés occidentales, la logique du travail a contaminé le loisir. Nous sommes tellement modelés par l’idée qu’il faut rentabiliser son temps et être productif que même lorsque nous avons des loisirs, nous allons chercher à rentabiliser notre temps. Il faut que nos loisirs soient bien organisés, efficaces, que nous ne perdions pas notre temps.
Dire que le loisir est “aliéné”parce qu’il n’est que le temps nécessaire à la reconstitution de la force de travail est insuffisant. L’ « aliénation » du loisir est plus profonde : elle ne tient pas à sa subordination directe au temps de travail, elle est liée à l’impossibilité même de perdre son temps. (…) Le loisir est contraint dans la mesure où derrière sa gratuité apparente, il reproduit fidèlement toutes les contraintes mentales et pratiques qui sont celles du temps productif et de la quotidienneté asservie. »
Baudrillard, La société de consommation
Les animaux travaillent-ils ?

Non, car l’activité des animaux est une activité innée.
Marx Karl,
philosophe allemand du 19ᵉ siècle.
Thèse : Les animaux ne travaillent pas, car ils ne réfléchissent pas.
Marx remarque que les animaux produisent des choses de grande qualité. On peut penser aux alvéoles dans la ruche géométriques, à la qualité des constructions des castors. Pourtant, à ses yeux, il ne s’agit pas de travail parce que les animaux ne réfléchissent pas à ce qu’ils font, c’est inscrit en eux de manière innée. Pour qu’il y ait réellement travail, il faut que l’on réfléchisse à ce qu’on va faire, qu’on l’imagine, puisqu’on le réalise. C’est pourquoi pour Marx, un architecte travaille et pas une abeille ou un castor.
« Quel est l’élément qui différencie le plus mauvais architecte de l’abeille la plus experte ? Il a construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la ruche . »
Marx

Oui car le travail permet de survivre, de satisfaire ses besoins.
Hannah Arendt,
philosophe américaine du 20ᵉ siècle.
Thèse : Il faut distinguer entre le travail et l’œuvre.
Hannah Arendt, dans La condition de l’homme moderne, distingue deux types de production. La première est ce qu’elle va appeler « travail ». Le travail n’est aucunement ce qui humanise l’homme, car c’est une activité animale, selon elle, qui ne vise qu’à la satisfaction des besoins vitaux. Elle parle « d’animal laborans » pour désigner celui qui travaille. Ce travail n’est pas valorisant parce qu’il ne laisse rien de durable derrière lui, il ne produit pas d’objet durable. Le travailleur produit quelque chose consommé, et donc disparaît, il doit ainsi recommencer et ainsi de suite… il ne fait cela que pour gagner de quoi survivre. À cela, elle oppose ce qu’elle nomme « l’œuvre », celui qui fait une œuvre (ici un objet durable) est un « homo faber ». Il produit un objet dont il peut être fier, qui laisse une trace de son individualité dans le monde. C’est une production pleinement humaine selon elle. Le travail lui est animal, et donc en un sens les animaux travaillent.
RAS
Travailler est-il un devoir ?

Oui, travailler est un devoir car il rend l’homme meilleur.
KANT Emmanuel,
Philosophe allemand du 18ᵉ siècle.
Thèse : Le travail est une vertu morale, car il permet l’accomplissement.
Pour Kant, le travail a foncièrement une dimension pédagogique, il permet à ce que chacun de développer ses facultés, de progresser, de s’améliorer. Alors que font les animaux et les machines n’est pas un travail à proprement parler puisqu’il ne s’agit que d’une production instinctive et d’une activité mécanique, l’être humain est fondamentalement inachevé et perfectible. Il a donc besoin de culture et d’éducation pour devenir pleinement homme et développer l’humanité en lui. Dans la mesure où il assure cette éducation de soi, le travail a alors tout d’une vertu morale. Il autorise l’accomplissement et l’épanouissement du travailleur grâce aux efforts qu’il exige de lui.
« L’homme est le seul animal qui doit travailler. »
Kant, Réflexions sur l’éducation

Non, car le travail ne permet pas l’amélioration de l’homme.
Friedrich-Nietzsche,
philosophe allemand du 19ᵉ siècle.
Thèse: Le progrès technique créé aussi des problèmes
Si l’Etat fait autant l’éloge du travail, c’est parce que le travail est la meilleure des polices selon Nietzsche. Cela signifie que parce que les hommes travaillent durs et dépensent leur énergie dans le travail, alors ils n’ont plus d’énergie pour nuire aux autres ou faire des excès. Le problème pour Nietzsche est qu’ils n’ont alors plus d’énergie non plus pour exercer leur liberté, pour s’accomplir en tant qu’être humain. Le travail est une activité qui produit le conformisme et assure la cohésion sociale car les hommes n’ont pas le temps de réfléchir et ne sont donc pas originaux. En ce sens, le travail nous prive de notre individualité.
