La science

Débat_aristote_platon
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Définition philosophie

Au sens antique, la science désigne un ensemble très large de pratiques et de théories, qui englobe la philosophie et qui cherche la connaissance.
Au sens moderne cependant, on distingue la philosophie et la science.
Depuis le 19ᵉ siècle, une science est l’ensemble des connaissances d’un domaine donné. L’histoire, la physique et les maths sont des sciences.
Opposée à l’opinion, la science moderne, toute connaissance rationnelle obtenue par démonstration ou par observation et vérification.
Pour être scientifique, une connaissance doit répondre à des critères de rigueur, d’objectivité, de véracité et d’universalité. Pour atteindre ce but
elle se soumet à des contraintes de deux types : la validation théorique (démonstration, cohérence, rationalité) et à la vérification empirique (l’établissement d’un rapport vérifié à la réalité).

  • Mathématiques et la logique ne reposent pas sur l’expérience et sont de nature entièrement intellectuelle, fondées sur des axiomes déclarés vrais ou sur des postulats provisoirement admis.
  • Sciences expérimentales (ou de la nature) sont les sciences qui ont recours à l’expérience (biologie, physique, chimie, géologie).
    Les sciences humaines et sociales disciplines désignent l’ensemble scientifique qui étudie les humains et la société (psychologie, sociologie, ethnologie, anthropologie, histoire, économie, linguistique).

Oui, la science permet de connaître le réel.
Platon,
Philosophe grec du 5ᵉ siècle av. J-C.

Platon

Thèse : Connaître le réel, c’est connaître l’essence des choses.

Pour Platon, les sens sont trompeurs et nous nous laissons tromper par les apparences. C’est seulement grâce à notre raison et en usant de sciences que nous pouvons connaître la vérité, en ayant accès aux choses elles-mêmes ou à la réalité. La thèse de Platon a cela de particulier que pour lui, la réalité, c’est l’essence même des choses. Là où le sens commun dirait que le réel, c’est ce que nous percevons par les sens. Il dit au contraire que ce qui est réel, c’est plutôt l’essence lit d’une chose, c’est-à-dire ce qu’il fait qu’elle est, ce qu’elle est. Par exemple, l’essence du lit, c’est qu’il est possible de dormir dedans à l’horizontal. Cette réalité est plus parfaite que les lits qui existent dans le monde sensible, car elle vaut pour absolument tous les lits. Ces idées ou essences, nous pouvons les connaître par les sciences et notamment par la dialectique.

RAS

Non, les sciences élaborent des théories pour expliquer les phénomènes.
Albert Einstein,
physicien du 20ᵉ siècle

albert einstein

Thèse : Le scientifique est comme devant une montre fermée.

Pour Einstein, le scientifique face au réel ressemble à personne qui essaie de comprendre le mécanisme d’une montre fermée. Il observe les phénomènes (ce qui nous apparaît), se fait une idée du mécanisme qui peut les expliquer, mais à aucun moment, il ne peut être certain que son idée correspond effectivement à la réalité. Il ne peut pas ouvrir la montre et, de même, il ne peut pas sortir de son esprit pour vérifier que son idée correspond bien au mécanisme réel. Les théories scientifiques cherchent à toujours mieux expliquer le réel, mais elles ne sont pas une connaissance du réel.

« Dans que nous faisons pour comprendre le monde, nous ressemblons quelque peu à l’homme, qui essaie de comprendre le mécanisme d’une montre fermée. Il voit le cadran et les aiguilles en mouvement, il entend le tic-tac, mais il n’a aucun moyen d’ouvrir le boîtier. » 
Albert Einstein et Léopold Infeld, L’évolution des idées en physique

Claude Bernard

Oui, on peut vérifier une hypothèse par la méthode.
Claude Bernard,
épistémologue français du 19ᵉ siècle.

Thèse : La méthode expérimentale permet de vérifier. 

RAS

HUME David.

Non, elles ne sont jamais totalement vérifiées.
HUME David,
philosophe écossais du 18e siècle.

Thèse : Le problème de l’induction.

Hume relève un problème que l’on appelle communément le « problème de l’induction ». Les sciences utilisent fréquemment l’induction. Cela consiste à partie de l’observation de plusieurs cas particuliers et à en induire une loi générale. Par exemple, j’observe une multitude de fois un corbeau noir, j’induirai bientôt que « Tous les corbeaux sont noirs ». Cela signifie-t-il alors que cette loi est vraie ? Pour Hume, un problème est que l’on ne peut pas être certain que nous n’allons pas un jour à l’avenir observer un
corbeau blanc. Pour que la loi soit irrévocablement exacte et vérifiée, il faudrait avoir fait toutes les expériences possibles du passé, du présent et du futur. Comme c’est impossible, la connaissance scientifique n’est jamais totalement juste ou ici vérifiée. De même, même si le soleil se lève au quotidien, on ne peut pas être sûr qu’il se lèvera aussi demain.

« Le soleil ne se lèvera pas demain, cette proposition n’est pas moins intelligible et elle n’implique pas plus contradiction que l’affirmation : il se lèvera. Nous tenterions donc en vain d’en démontrer la fausseté. »
Hume, Enquête sur l’entendement humain

La science découvre son objet, c’est-à-dire les faits.
L’opinion commune

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Thèse : Les faits s’imposent à nous.

On pense communément que les sciences étudient les faits et qu’en ce sens, elles découvrent les faits. Comme si les faits étaient donnés brutes et devaient simplement être expliqués par les sciences. On élabore alors des hypothèses pour les expliquer puis on les met, à nouveau, à l’épreuve des faits. L’opinion commune part ainsi du principe que le fait observable est une preuve et s’impose de manière évidente à tout individu qui observe avec attention. Les faits sont pour l’0pinion commune des données qu’on ne peut pas contredire. Or, cette thèse ne va absolument pas de soi.

RAS

La science ne découvre pas les faits, mais les construit.
Bachelard Gaston,
philosophe français du 20ᵉ siècle.

Bachelard Gaston

Thèse : Les faits en science ne sont jamais donnés, mais construits.

Pour Bachelard, dans les sciences, on ne peut pas dire que l’on découvre des réalités, les faits sont construits. Il veut dire par là que ce qu’un scientifique observe dépend de ses connaissances, de la théorie qu’il a élaborée et des outils qu’il utilise pour observer. En d’autres termes, l’observation du scientifique n’est jamais neutre, il a certaines connaissances, il a fait une hypothèse. Il s’attend donc à voir certaines choses. Si le scientifique observe : « le faisceau d’électrons est attiré vers le pôle magnétique de l’aimant », cette observation nécessite de savoir ce qu’est un électron, un aimant et d’avoir des instruments pour observer des électrons. 

En d’autres termes, les faits ne sont pas, donc pas découverts, ils sont construits ou en partie créés par le scientifique. Plus généralement, une observation, même non scientifique, n’est jamais neutre ni évidente. Une personne qui n’est pas marine et ne s’y connait pas en types de nœuds, ne verra rien de particulier en montant sur un bateau. Alors qu’un marin attentif verra un nœud de cabestan, un nœud de taquet, un nœud de chaise connaissances.

 La science réalise ses objets sans jamais les trouver tout à fait, elle ne correspond pas à un monde à décrire, mais à un monde à construire. »
Bachelard, La formation de l’esprit scientifique.

Oui, la science progresse lentement de manière continue.
xxx

Thèses : Les sciences progressent par petits changements.

Duhem défend une thèse continuisme, c’est-à-dire qu’il s’oppose à l’idée que sciences progresseraient par révolution ou rupture brutale. Pour lui, si nous avons l’impression d’une rupture brutale. Par exemple, lorsque l’on passe du modèle géocentrique au modèle héliocentrique. C’est que nous n’avons pas vu tous les petits changements discrets qui se sont accumulés pour que l’on arrive à cette décision.

« La science mécanique et physique dont s’enorgueillissent à bon droit les temps moderne découle, par une suite ininterrompue de perfectionnements à peine sensibles, des doctrines professées au sein des écoles du Moyen Âge ; les prétendues révolutions intellectuelles n’ont été, le plus souvent, que des évolutions lentes et longuement préparées.  »
Duhem, Les origines de la statique

Thomas-Kuhn

Non, les sciences progressent par révolution
Thomas-Kuhn,
philosophe américain du 20ᵉ siècle.

Thèse : Le progrès scientifique advient quand on change de paradigme.

Kuhn, dans La Structure des révolutions scientifiques, on peut légitimement parler de révolution scientifique quand a lieu dans la science concernée un changement de paradigme ? Il s’agit d’un ensemble de principes et méthodologiques qui ne sont pas forcément très précis. Mais, qui font consensus théoriques dans la communauté scientifique du moment parce qu’ils permettent de résoudre des problèmes que le paradigme précédent ne permettait pas de résoudre. En effet, à l’origine du changement de paradigme, il y a ce que Kuhn appelle des anomalies. Ce sont des faits qui ne vérifient pas la théorie qui fait consensus pour le moment. Le passage du géocentrisme à l’héliocentrisme est, selon lui, un bon exemple de changement de paradigme. On change complètement de théorie pour expliquer les phénomènes et ce changement va décider de nouvelles méthodes à mettre en œuvre et de nouveaux problèmes qui se posent.

RAS

Émile Durkheim

Oui, les sciences humaines permettent de le connaître.
Émile Durkheim,
sociologue français du 19ᵉ – 20ᵉ siècle.

Thèse : Les conduites humaines peuvent être expliquées.

Durkheim, l’un des premiers sociologues, se donne pour objectif de faire une science qui puisse expliquer les conduites humaines. À ses yeux, les comportements des hommes sont soumis à des rapports de cause à effet comme peuvent l’être, par ailleurs, les éléments physiques ou biologiques. Cela signifie que, pour lui, les comportements humains ne sont pas seulement explicables en termes de choix libre ou d’intention de l’individu. Il est possible d’observer des régularités dans les comportements, car, en réalité, les hommes sont largement déterminés par l’environnement social dans lequel il évolue. Dans son étude sur le suicide notamment, il montre qu’il ne s’agit pas d’un choix, mais d’un fait social que l’on peut expliquer par des facteurs sociaux, prévoir et mesurer en terme statistique.

« Il faut traiter les faits sociaux comme des choses. »
Durkheim, Règles de la méthode sociologique

Karl Jaspers

Non, car l’être humain possède une conscience et une liberté.
Karl Jaspers,
philosophe allemand du 19ᵉ – 20ᵉ siècle.

Thèse : La liberté de l’homme le rend imprévisible.

Pour Karl Jaspers, on ne peut nier qu’il est possible d’étudier des régularités dans les comportements des hommes. C’est pourquoi il est possible de faire de l’homme un objet de science. Mais, selon lui, l’homme n’est pas réductible à cet aspect car il n’est pas complètement déterminé. L’homme a une conscience de lui-même et il est, au moins en partie, libre, il ne peut donc pas être entièrement connu. Il subsiste en lui « La quelque chose qui échappe aux sciences.

«  La quelque chose qui échappe aux sciences. question qui se pose, c’est de savoir s’il est en général possible de se faire une idée exhaustive de l’homme au moyen de ce qu’on peut savoir de lui ; ou bien, si l’homme est, au delà de ce savoir, quelque chose de plus : une liberté qui échappe à toute connaissance objective, mais qui lui reste pourtant présente comme une réalité indestructible. En effet, l’homme peut être abordé de deux manières : comme objet de recherche scientifique et comme existence d’une liberté inaccessible à toute science. »
Karl Jaspers, Introduction à la philosophie